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Herri Gourmelen se reconnaît sur une photo prise lors de la grande manifestation du 16 mai 1968. 16 000 personnes défilaient dans les rues de Rennes, du jamais vu... « Vivre et travailler au pays »
« Je n'étais pas encore à Saint-Malo. J'étudiais à la fac de lettres de Rennes, raconte-t-il en sortant quelques photos en noir et blanc. En marge de mes études, j'étais pion et j'enseignais l'allemand au CES (comme on appelait le collège à l'époque) de Combourg. » Herri Gourmelen est alors au coeur des évènements, en tant que responsable de l'Union nationale des étudiants de France (Unef) pour l'Ille-et-Vilaine.
« Le milieu étudiant bouillonnait mais, déjà, l'agitation se faisait sentir depuis plusieurs années en Bretagne », explique-t-il. Dès 1962, c'est la prise de la sous-préfecture de Morlaix par Alexis Gourvennec, leader du monde paysan. En 1964, la création de l'UDB traduit de fortes revendications régionales. « On sentait la contestation monter, car la Bretagne voulait sortir de son sous-développement. La grande majorité des Bretons ne connaissaient pas la société de consommation et n'aspiraient qu'à une chose : y entrer. Le mot d'ordre est resté célèbre : Vivre et travailler au pays ! »
Le 16 mai 1968, la grande manifestation rennaise rassemble 16 000 personnes dans les rues. Du jamais vu. « À la fac, les étudiants ont commencé par débattre de l'université. Mais, très vite, on est passé à une contestation globale du système. Les Maoïstes apparaissaient. Dans les campagnes, se souvient Herri Gourmelen, on les voyait aller à la rencontre des paysans avec leur Petit livre rouge... »
En 1970, deux ans après les évènements, Herri Gourmelen arrive à Saint-Malo. Il enseigne au lycée de l'Institution La Providence. « L'héritage de mai 68 se sentait. La mixité venait d'être introduite au lycée. On reconnaissait aux jeunes le droit à la parole, avec les délégués de classe. » Le jeune prof de l'époque compare avec les mouvements actuels : « Les lycéens étaient plus contestataires, plus dérangeants qu'aujourd'hui. »
La grève des chantiers navals
Même si Saint-Malo a été relativement épargnée par le vent de fronde qui soufflait en mai 1968, Herri Gourmelen se souvient des grandes mobilisations sociales. À l'image du conflit des chantiers navals ACM. « Le Magellan, un bateau neuf, était resté bloqué à quai pendant deux ans, occupé par les ouvriers. Les agriculteurs étaient solidaires, ils apportaient des légumes pour tenir le blocus. » En 1977, Louis Chopier sera le seul maire de gauche à être élu à Saint-Malo. En 1983, Herri Gourmelen entrera à son tour au conseil municipal.
Olivier BERREZAI.