Etonnants Voyageurs 2007

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Le festival du livre et du film se tient à Saint-Malo du 24 au 28 mai.

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Etonnants Voyageurs 2007



Édition du lundi 28 mai 2007

Le coeur cousu de Carole Martinez

Carole Martinez, 41 ans, a remporté hier à Saint-Malo le troisième prix Ouest-France Étonnants Voyageurs pour Le coeur cousu. Le souffle lyrique et la force poétique de ce premier roman aux allures de conte ont séduit les dix jeunes jurés.

Au bout du quai, en pleine bourrasque, surgit soudain la silhouette d'une jeune femme. Elle court entre les flaques, agitant au-dessus d'elle un parapluie retourné par le vent. Entre les gouttes, Carole Martinez pleure de toutes ses larmes. Émue car elle vient d'apprendre que son Coeur cousu est le lauréat 2007 du prix Ouest-France Étonnants Voyageurs. Elle se précipite sur le trois-mâts le Belem et tombe dans les bras des jeunes qui viennent de délibérer pendant deux heures pour désigner son livre et qui, maintenant, émus eux aussi, l'applaudissent à tout rompre.

« Merci, merci. Vous vous rendez compte. C'est mon premier roman, c'est mon premier salon, c'est mon premier prix ». Bonheur total, surprise sincère. Elle n'en revient pas, cette ancienne comédienne devenue professeure de français d'un collège d'Issy-les-Moulineaux. Depuis le début, elle vit un conte de fée. Il y a deux ans, elle prend un congé parental pour écrire. Écrire « quelque chose qui soit entre le conte et le roman ». Elle a envie d'aller puiser au fond d'elle-même, dans les légendes de sa tradition familiale espagnole. Elle va « broder » à partir des histoires que sa grand-mère lui racontait. « Concierge boulevard de Montparnasse, cette petite bonne femme rabougrie se transfigurait soudain dans sa loge minuscule quand elle me parlait des ancêtres. Elle prenait pour moi une dimension incroyable ». Car ce monde des ascendants andalous est un monde de sortilèges. Mi-magiciennes mi-sorcières, les femmes se transmettent des pouvoirs surnaturels : comme celui de guérir ou de communiquer avec les défunts.

Carole est issue de cette lignée. « Petite, je voulais posséder les secrets de ma grand-mère. J'avais des terreurs nocturnes où je voyais apparaître des femmes. Un jour, ma grand-mère m'a dit : « Oui, tu as le don de voir les morts et de leur parler » ».

Ce que voit Carole, c'est Frasquitra « une arrière-arrière grand-mère », héroïne de la famille qui va devenir la trame du Coeur cousu. « La légende veut qu'elle ait été perdue au jeu par son mari. En me racontant cela, ma grand-mère me disait « les hommes sont des salauds ». Je voulais en savoir plus, sans fouiller dans les archives, mais en fouillant au fond de moi, par l'écriture ».

Cela donne un magnifique roman, succession de contes et de personnages incroyables : Frasquita couturière de génie. Son mari, amoureux d'un coq, jouant son épouse au combat. Frasquita jetée sur les routes avec ses quatre enfants dans l'Espagne miséreuse de la fin du XIXe siècle.

Les jeunes jurés se sont dits fascinés par la tournure magique, violente et amoureuse du récit. Carole Martinez s'étonne elle-même de ce miracle : de cette écriture qui l'a emportée « en haute mer ». Des deux premières parties jetées dans la boîte aux lettres de Gallimard, de la réponse positive de l'éditeur « alors que je trouvais que je n'avais aucun style »...

Puis, aujourd'hui, la féerie du prix. Ces jeunes gens qui lui disent : « Vous écrivez comme Frasquita coud, avec la même minutie. Vous rendez hommage à l'art... Votre livre est sensuel, il est à goûter avec tous les sens ».

Et elle, Carole - entre rire et larmes - qui dit : « Merci, merci encore. Cela me donne tellement de force pour continuer ».

Georges GUITTON.

Le coeur cousu, de Carole Martinez, chez Gallimard, 432 pages, 23 €.

Le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs est décerné pour la troisième fois en partenariat avec la Caisse d'épargne. Précédents lauréats : Alain Mabanckou et Olivier Maulin. L'auteur reçoit une somme de 10 000 €, plus une campagne de promotion dans Ouest-France, d'une valeur de 50 000 €.

Le jury des jeunes.
Il était composé d'Édouard Couetoux, de Couëron (Loire-Atlantique), Mari Soraya Dermoch-Carretero, de Nantes, Lucie Drouar, d'Angers, Stéphanie Jacques, des Ulysses (Essonne), Chloé Lalouette, de Baulon (Ille-et-Vilaine), Aurore Maillard, d'Angoville-sur-Ay (Manche), Mathilde Maillard, de Guipel (Ille-et-Vilaine), Quentin Riedinger, de Trun (Orne), Marie Rocton, de La Lande-Patry (Orne) et Pauline Vernon, de Plélan-le-Grand (Ile-et-Vilaine).

Le jury adultes a sélectionné les 10 romans en lice. Il est composé de Michel le Bris, Muriel Barbery, Gisèle Pineau, Audrey Pulvar, Alain Dugrand, Yvon Le Men, Patrick Raynal, Jean Rouaud, Jean-Luc Fromental, Yvonne Le Cren, Marc Potel, Katell Savidan-Breton, Hervé Bertho et Georges Guitton.

Les cinq romans finalistes. Le coeur cousu, de Carole Martinez a devancé Le coeur de l'enfant léopard, de Wilfried N'Sondé. Les trois autres livres étaient : Les falsificateurs, d'Antoine Bello, Toutes ces vies qu'on abandonne, de Virginie Ollagnier et Foudres de guerre, de Benjamin Berton.

Ouest-France

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