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À 75 ans, Paul Méhaignerie tourne la page avec un peu de nostalgie. Si tout le monde connaît Pierre Méhaignerie, le député, maire de Vitré, ancien président du conseil général, ancien ministre, c'est son frère aîné Paul, qui vient de tourner la dernière page du grand livre d'histoire communale écrit par la famille depuis 126 ans à Balazé (2 150 habitants).
Avec beaucoup d'émotion, Paul Méhaignerie regarde aujourd'hui les portraits en noir et blanc de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père, soigneusement encadrés dans la salle du conseil municipal. En décidant de renoncer à un nouveau mandat, il vient de rompre la longue chaîne qui lie la famille avec l'institution municipale de cette petite commune rurale, joliment ordonnée, bien équipée.
La fin d'une époque
À Balazé, siège de la famille Méhaignerie, Alexis Méhaignerie, agriculteur, a inauguré 126 années de mandat. C'était en 1882. Il gère la commune jusqu'en 1901.
Cette année-là, son fils Alexis, également agriculteur, est élu maire de Balazé. « Il a été très marqué, comme toute la famille, par les deux guerres et notamment la Première Guerre mondiale, se souvient aujourd'hui Paul, son petit-fils. Balazé a donné 90 jeunes hommes à cette guerre de 1914-1918. C'était terrible. Mon grand-père a connu les réquisitions, vécu la construction de chemins de dessertes pour les exploitations agricoles. C'était un grand travailleur. » Conseiller général de 1932 à 1944, « il allait en vélo au conseil général à Rennes. Il partait vers 5 h 30 de Balazé pour arriver vers 8 h 30/9 h à Rennes. » En toute saison.
En 1945, son fils, Alexis, agriculteur, lui succède à son tour. « C'était mon père, dit Paul Méhaignerie. Un homme tolérant, respectueux des autres. Il a quitté l'école à 13 ans pour s'occuper de l'exploitation familiale. Un grand travailleur, discret, efficace. Il nous a appris beaucoup. Il parlait beaucoup de la vie municipale en famille. J'ai été baigné dedans tout petit. » C'est l'époque de la construction des routes, l'adduction d'eau, l'arrivée de l'électricité dans les foyers, le premier lotissement.
La leçon du peuplier
Cet hommage, Paul Méhaignerie l'étend à sa mère, Pauline : « Quand mon père est devenu député, elle l'a aidé par son sens de l'accueil et de l'hospitalité. À l'époque, il n'y avait pas de permanence comme aujourd'hui. Les gens venaient dans la cour de la ferme à n'importe quelle heure, souvent très tôt le matin, pour être certains de voir leur député. Mon père et ma mère ont toujours eu leur porte grande ouverte. »
En 1977, suite au décès d'Alexis Méhaignerie à Strasbourg où il participait au congrès du parti populaire européen (PPE), son fils Paul Méhaignerie décide de se présenter. « Je suis né dans une famille de huit enfants où nos parents nous ont manifesté beaucoup d'amour, nous ont parlé très tôt de la vie de la commune, des responsabilités. C'était un privilège pour les enfants que nous étions. À 44 ans, mon engagement me paraissait évident. Je trouvais normal de poursuivre l'engagement de mes prédécesseurs. Mon grand-père et mon père avaient plus le sens des responsabilités que des honneurs. Mon père aimait la terre. Je me souviens du jour où nous marchions ensemble et où il m'a dit en s'arrêtant devant un peuplier : « La leçon que le peuplier donne à l'homme, c'est de monter haut et droit. » On a essayé de monter droit. » Une belle leçon d'humilité et de simplicité.
Bertrand BONENFANT.
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