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Etonnants Voyageurs 2007

Édition du lundi 28 mai 2007

Raymond Depardon « plus cinéaste que photographe »

Il s'est lancé dans la photo à l'aube de ses 20 ans, avant d'être attiré par le cinéma, activité à laquelle il se consacre pleinement. Il était ce week-end l'invité d'honneur du festival, avec deux projections et une exposition. Rencontre.

Il se dirige vers le fond de la halle, son appareil photo en bandoulière. Un Fuji 6 X 4,5 argentique. Après la projection de son film, Un homme sans l'Occident et l'imparable séance de dédicaces, Raymond Depardon peut enfin profiter d'un break, samedi, pour visiter son exposition à l'espace Duguay-Trouin.

« Je n'ai même pas eu le temps de la voir. Voyez, c'est pour ça que je ne fréquente plus beaucoup ce genre de manifestations. » Il se ravise. « Et parce que je fais des films. Je préfère travailler plutôt que d'attendre la reconnaissance en allant présenter mes réalisations à l'étranger. Ça ne m'intéresse pas. » Il ajuste le viseur de son appareil. Clic-clac. Premier cliché de son exposition, intitulée « Errance ». Il zoome. Un deuxième.

« J'ai tout sacrifié pour la photo »

« Ces images m'ont permis de me retrouver, d'y voir plus clair. J'ai quitté la ferme de mes parents quand j'avais 16 ans. Je suis monté à Paris tête baissée. Maintenant, je me demande si je n'ai pas toujours été à la recherche de cette ferme disparue, de ce port d'attache. J'ai beaucoup voyagé. Mais à chaque fois, une insatisfaction m'envahissait : celle de ne pas rester assez longtemps. »

Cofondateur de l'Agence Gamma en 1966, Depardon évoque aussi le temps qu'il passait avec sa solitude. « Elle est la première compagne du reporter-photographe. J'avais peur d'elle, jusque dans les années 1980. Je pensais qu'elle était la raison de mes échecs. Et puis j'ai appris à travailler avec. » Son mariage, puis la naissance de ses deux fils, ont comblé ce vide, à partir de 1987. « Dans la première partie de ma vie, j'ai tout sacrifié pour la photo. Désormais, quand je pars en voyage, je prends un billet retour. »

« La photo est plus fragile »

Raymond Depardon passe toutefois moins de temps dans le désert ou sur le bord des routes d'Afrique. À 65 ans, il termine sa trilogie sur les paysans, qu'il a commencé à filmer en 1998 et travaille à un projet photo, « La France en 20 X 25 » visant à dresser un état des lieux du pays.

« La photographie a quelque chose de poétique, de religieux presque. Elle est guidée par la subjectivité. Elle est plus fragile qu'un film, qui a un rapport plus direct avec la réalité. Je veux continuer à donner la parole à des gens qu'on voit rarement à la télé. » Comme ces prévenus comparaissant devant la 10e chambre correctionnelle de Paris, filmés en 2003. « Il fallait que je m'applique, pour cerner ce qu'ils avaient dans la tête. » Il dit se sentir « plus cinéaste que photographe. Dans ce domaine, si on me copie, je sais qu'on ne me remplacera pas. »

Ouest-France

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