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Le professeur Yves Deugnier est à la tête, au pavillon Clemenceau fraîchement rénové, du pôle recherche et santé publique. C'est sûrement une étude sérieuse, mais j'ai encore du mal à me prononcer. Je ne connais pas sa méthodologie. Quand un rapport émane d'un grand médecin parisien, il y a le risque du plaidoyer pro domo. Avant de classer les autres, il se place toujours en tête. N'empêche, quand on lit l'interprétation du rapport, on ne peut être que d'accord avec les grandes lignes. Ce qu'il dit, tout le monde le pense.
Classé en catégorie C, le CHU de Rennes est à sa place. On ne peut pas espérer mieux, vu le contexte de grande ville moyenne. Nantes se trouve en catégorie B, mais le bassin de population est plus important. D'autre part, le CHU de Nantes a toujours été poussé par les collectivités.
Un CHU repose sur trois piliers, l'enseignement, la recherche et les soins, et le tout va ensemble. C'est un cercle vertueux. On peut y ajouter un quatrième, la gestion, qui prend beaucoup de temps, surtout en province. Paris pompe 50 % des effectifs et des crédits. Forcément, c'est plus dur pour les autres.
Le rapport prône un regroupement des moyens, êtes-vous
d'accord ?
Sachant que Paris est une pompe aspirante, il faut donner aux CHU de province une masse critique capable de les entourer en moyens humains, financiers et en matériel. En dessous d'un million d'habitants et d'un tissu économique en rapport, il me paraît difficile de l'atteindre. On ne peut pas demander à des structures à petits effectifs de faire preuve d'initiatives comme les grandes puisque tout le monde est logé à la même enseigne.
Notre région est la plus mal pourvue en ratio nombre de chercheurs par rapport à la population. Une dizaine de CHU serait peut-être le bon chiffre. Il n'y a pas que les outils. Il faut aussi un certain état d'esprit capable de séduire les médecins et chercheurs de l'extérieur, sans compter les étudiants. Il y a trop de routine, pas assez d'élan. Ça se ressent même chez les étudiants.
On trouve quand même des pôles d'excellence au CHU de Rennes ?
Oui, notre CHU a certainement des points faibles. Il est faiblement pourvu en unités recherche Inserm et CNRS. Il souffre peut-être d'un manque d'ambition. Mais globalement, on y est bien soigné. Dans certaines pathologies, l'hôpital rennais se place à la pointe des connaissances. Il faut citer par exemple la cardiologie interventionnelle, le pôle hépatique, le pôle des neurosciences qui mène des travaux sur la sclérose en plaques et la maladie de Parkinson.
Le CHU a encore d'excellents spécialistes dans le domaine du choc septique, lié aux germes, et tout ce qui touche à l'immuno-hématologie. Sur tous ces sujets, les médecins s'appuient sur des équipes de chercheurs. L'articulation entre eux est permanente.
Recueilli par
Alain THOMAS.