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Pourtant, disait le peintre, « on m'a longtemps pris pour un animal de cirque. Mais il y a la musique pour couvrir les quolibets, ce qui ne m'empêche pas d'être sensible... aux compliments. Plus il y a de public, plus je me libère. » Car Dubly, dans la rue, c'était un véritable spectacle. Narcissique jusqu'à l'outrance, excentrique par ses vêtements de plus en plus féminins, ses turbans et ses chapeaux, il se produisait en musique et en dansant.
Mais au-delà de cela, les Malouins reconnaissaient son talent. « Hervé Dubly méritait un hommage », souligne Gaby Foligné, adjoint à la culture, qui a eu l'idée de monter cette exposition après l'annulation de celle des Amérindiens. Vingt-deux collectionneurs, de Saint-Malo, Tinténiac, Poitiers ou Paris, dont l'espace Pierre Cardin, ont prêté quelque 90 toiles, rassemblées dans un court délai à la chapelle Saint-Sauveur.
Marié sous la pression sociale
« Sans aller vers une rétrospective, ces oeuvres laissent transparaître des moments de bonheur et parfois de désarroi. A Saint-Malo, c'est un artiste abouti, reconnu comme un grand pastelliste », explique Christian Allain qui avec Jérôme Palfresnes, du service culturel, a monté l'exposition. Hervé Dubly, lui-même, le dit : « Si je n'habitais pas à Saint-Malo, jamais je n'aurais pu peindre autant. L'idée de quitter ce lieu, même temporairement, me tétanise. »
De la ville, il a retracé les fêtes (la Sainte-Ouine, la Cutty Sark, la Route du Rhum...), la vie (les fleurs, les devantures de magasins, le port...)... et lui-même, avec toute une série d'autoportraits. Car « Hervé Dubly était marié avec son art ». Parmi ses facéties (auxquelles il donnait un sens profond et personnel), le peintre s'était d'ailleurs marié... avec lui-même en février 2005.
Le visiteur y découvre aussi quelques premières oeuvres, d'autres de sa vie parisienne ou de sa famille. Sa mère, grande bourgeoise. Son père, hommes de lettres. Ses trois enfants. Accusé de « faits d'homosexualité », Hervé Dubly se marie sous la pression sociale à une poétesse, Thérèse Birotheau, dont il aura Marie, née aveugle et autiste ; Osmond, souffrant de troubles psychologiques et Valentine, morte prématurément. « Ses drames le poursuivront toute sa vie », dit son frère.
Installé à Saint-Malo par sa mère, qui lui achète la galerie de la rue de la Fosse, Hervé Dubly l'occupera durant 22 ans, ne quittant guère l'intra-muros. « Jusqu'à la fin, il s'est accroché à la peinture car il voulait guérir. Mais le cancer l'a rongé. » Il est décédé à l'hôpital de Saint-Malo, le 27 mai 2005.
Nadine PARIS.
Pratique. « Hervé Dubly, le danseur de toiles », à la chapelle Saint-Sauveur, rue Saint-Sauveur, Intra-muros. Entrée gratuite, jusqu'au 17 août, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h.