Réunis en assemblée générale, hier, à Sainte-Marie, les pêcheurs de Redon ont longuement débattu de la nouvelle pollution qui frappe leur étang. Pour eux, le problème s'étend bien au-delà. Inquiétude et colère. Les pêcheurs du syndicat de Redon et Saint-Nicolas de Redon en ont plein les bottes. Réunis en assemblée générale, hier, à Sainte-Marie, ils ont longuement débattu de la nouvelle pollution qui frappe leur étang, à la sortie de Redon. Après l'avoir vidé en décembre pour inventaire, ils se sont en effet aperçus que les poissons contenaient un taux de pyralène (PCB, un dérivé du chlore) de 37 picogrammes par gramme, quand la norme de l'Organisation mondiale de la santé en tolère 8. Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de l'été 1986, quand l'étang avait déjà été pollué au PCB suite à un déversement accidentel d'une entreprise spécialisée dans la maintenance de transformateurs électriques.
Les pêcheurs ignorent « si cette pollution est due à des restes de pyralène de 1986 ou si de nouveaux dépôts ont eu lieu après ». Toujours est-il qu'ils ont le sentiment que les services de l'État ne prennent pas la mesure de la situation : « En découvrant la pollution, j'ai alerté le sous-préfet, la direction départementale de l'agriculture, celle des services vétérinaires, l'office national pour l'eau et les milieux aquatiques, la mairie de Redon, celle de Bains-sur-Oust, la communauté de communes... Résultat ? Silence radio », n'en revient pas Claude Davy, le président du syndicat.
Une eau blanche comme du lait
Mais ce n'est pas tout. « Cet été déjà, les pêcheurs avaient constaté que les prises de poissons blancs se faisaient rares et difficiles dans la Vilaine. Là encore l'État n'a pas pris ces alertes au sérieux, poursuit le président. Ou alors exigé que les pêcheurs payent eux-mêmes les analyses ! »
Une situation intolérable pour Claude Davy. « Car le problème dépasse largement l'étang de Via ». Et de rappeler « qu'un certain nombre de ruisseaux alimentent cet étang ». Or, toujours selon les pêcheurs, « ils sont pollués eux aussi ». L'un d'entre eux, Bernard, affirme même avoir constaté « à plusieurs reprises, une eau blanche comme du lait y circuler lors de fortes pluies ». En cause, la zone industrielle de Briangaud et ses usines, à Redon. « L'étang de Via est le réceptacle de toutes les cochonneries de cette zone », assure Claude Davy.
Présent à l'assemblée, le directeur de l'Institut d'aménagement de la Vilaine, Michel Alanic, va dans le même sens : « La Bretagne semblait épargnée par le PCB, alors que le Rhône et la Gironde sont touchés depuis les années 80. Mais aujourd'hui, moi aussi j'aimerais bien savoir où sont passés les PCB de l'étang de Via. Est-ce qu'ils sont revenus dans l'Oust, la Vilaine, les marais de Redon ? » Il s'inquiète également des pesticides, « essentiellement des glysophates », que l'on trouve dans la Vilaine. « Quelle est leur influence sur les poissons ? En mer, ils ne se concentrent pas dans la chair. Il semblerait qu'ils se fixent plutôt sur les glandes sexuelles. Mais nous aimerions en savoir plus. »
« Pour dix interdits, cent nouveaux pesticides »
Concernant les pesticides, « un certain nombre a été interdit, tient à préciser Michel Chatel, trésorier du syndicat. Le problème, c'est que pour dix interdits, cent nouveaux arrivent sur le marché. Et on ne connaît pas leur impact sur le poisson et la santé humaine. »
Les pêcheurs réclament donc « des données précises. Où en est l'état sanitaire des poissons en Ille-et-Vilaine ? Quel est l'état de l'eau ? Nous attendons plus de transparence des pouvoirs publics. »
Dans la salle, un pêcheur doute : « Tout cela, c'est des paroles. On ne saura jamais. C'est comme l'exemple récent de la dioxine dans le Pays de Redon. Il y a trop d'intérêts commerciaux en jeu. » « Peut-être, rétorque Claude Davy. Mais si certains essaient de noyer le poisson, alors nous prendrons un avocat spécialisé. Il y en a marre d'entendre des discours sur la qualité de l'eau et d'en être encore là aujourd'hui. »
Il n'exclut pas de porter plainte contre X. Et affirme que « les autorités devraient se réunir ce mois-ci ou en mars pour étudier le problème ». Il est plus que temps : les pêcheurs avaient déjà bien du mal avec la prolifération des plantes envahissantes et des moules d'eau douce. « À ce train-là, je ne sais pas si on pourra encore pêcher dans dix ans », soupire Michel Chatel.
Yann-Armel HUET.

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